Du Domaine

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Historique du domaine de la Geneste

Première mention est faite du fief de la Geneste à Châteaufort en 1339. Il appartient alors à Jacques Lenormand et Jacqueline Lemire, un couple de bourgeois parisiens.

Au rythme des actes de vente ou d’hérédité, aveux, hommages et saisies, ce fief changera de nombreuses fois de propriétaires : plus d’une soixantaine au total en près de sept siècles.

En droit seigneurial, l’aveu est une déclaration écrite que doit fournir un vassal à son suzerain lorsqu’il entre en possession d’un fief. L’hommage est l’établissement ou le renouvellement d’une convention qui rappelait publiquement l’existence d’une relation de féodalité entre deux familles. Cette règle perdura jusqu’à la Révolution.

Grâce à ces actes notariés, on apprend qu’à la Geneste, fin 1554, un moulin à eau et un colombier existaient déjà, ainsi qu’un ancien moulin à vent bâti de bois qui sera détruit en 1568. Un premier château fut probablement érigé à cette époque.

En 1614, le Seigneur Philippe de Parent le fit reconstruire avec les pierres des ruines de l’ancien donjon médiéval de Marly qui était situé sur le promontoire de Châteaufort, à proximité de l’église actuelle.

Pour l’anecdote, le 8 juillet 1726, Jean Bignon, boulanger à la Trinité, fut blessé d’un coup de fusil lors de la saisie féodale du domaine de la Geneste, mais l’incident, sans doute sans gravité, fut réglé à l’amiable.

Le 31 janvier 1786 on décrit ainsi le domaine dans un acte de vente : « Château nouvellement reconstruit pour partie, grande cour, étable à vaches, écurie, grange, bergerie, toit à porcs, poulailler et jardin. »

Le château actuel date de 1857. Il fut construit par M. Stenhover avec le concours de l’architecte Eugène Petit. Les communs sont remaniés et l’ancien château détruit.

En 1889, un certain M. Quesnel fit l’acquisition de la Geneste. En 1913, cet homme permit la réalisation au dessus de son domaine d’un exploit tout à fait exceptionnel et encore jamais réalisé : le premier saut en parachute en abandonnant un aéroplane en plein vol.

En effet, le 19 août 1913, Célestin Adolphe Pégoud, un jeune aviateur encore inconnu, se proposa d’expérimenter, au départ de l’aérodrome de Châteaufort, un nouveau système de parachute mis au point par l’inventeur Frédéric Bonnet. Sur le point de décoller, la gendarmerie mandatée par le Préfet de Seine, s’y opposa formellement, cet essai étant jugé bien trop dangereux.

Contre toute attente, M. Quesnel interviendra alors dans les négociations en proposant que l’expérience se fasse au dessus de sa propriété privée, au risque même de voir son château endommagé par la chute de l’avion en perdition. A court d’arguments, les gendarmes laissèrent Pégoud décoller.

Et c’est ainsi que, sous l’œil des caméras de la maison Pathé et d’un public venu nombreux, l’aviateur rentra dans l’histoire en abandonnant son aéroplane à seulement 250 m d’altitude. L’avion, un vieux Blériot XI réformé, alors livré à lui-même, réalisa dans le ciel de curieuses arabesques, semblant vouloir repousser sa chute pourtant inéluctable.

Pégoud arrivé indemne au sol déclara aux journalistes « Je l’ai vu faire, tout seul, le looping the loop (nom donné à l’époque à une attraction foraine). Vous voyez donc bien que c’est possible. Aussi, vais-je le tenter ! »

Une dizaine de jours plus tard, à Juvisy-sur-Orge (91) il fut le premier pilote à renverser son aéroplane et à voler la « tête en bas » sur 400 mètres, puis, le 21 septembre 1913, il effectua à Buc (78) le premier looping volontaire de l’histoire. La voltige aérienne était née et Pégoud très plébiscité, en fit de nombreuses démonstrations partout en Europe !

Ses expériences, loin de n’être que de simples acrobaties aériennes, eurent une influence directe déterminante dans la suprématie française des combats aériens lors de la première guerre mondiale qui ne tarda pas à éclater.

© Pascal Bouchain (Châteaufort).